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OPINION
 

Le règlement nouveau est arrivé !

Rappelons que les dispositions qui encadrent l’élevage du Trotteur Français font l’objet d’un règlement officialisé par un arrêté ministériel validant le texte élaboré par la SECF, en charge du Stud-book.

Le Ministère de l’Agriculture vient d’approuver, le 27 juin dernier, un nouveau règlement dont les effets pour 2009 sont capitaux, en particulier concernant l’autorisation d’une femelle à reproduire. Constatons la précocité de cette parution car le plus souvent nous n’en prenions connaissance qu’en janvier ou février de l’année concernée.

 

Nous ne nous étendrons pas ici sur la médiocrité inutilement complexe de ces dispositions que nous avons déjà eu l’occasion de relever.

Arrêtons-nous sur le barème de catégorisation des juments, applicable en 2009, pour confirmer celles-ci et donc les autoriser ou autoriser leurs filles à reproduire, dans un certain nombre de cas. Ce barème figure dans la présente lettre, à l’article : « comprendre les effets de la catégorisation », page 4.

Habitués que nous sommes à subir l’inflation des dispositions sur lesquelles il est collé « rustines sur rustines » d’années en années, relevons ce qui a changé dans la dernière mouture de ce barème de catégorisation par rapport à la précédente du 25 janvier 2008, à savoir :

  • La limite entre distance longue et distance courte passe de 2000 m à 2400 m,
  • Tous les temps concernant les distances longues sont majorés de 1 seconde, les autres temps étant reconduits à l’identique,
  • Enfin il est créé la nouvelle colonne MEC (Monté, départ Élastique, distance Courte)

 

Quels effets peut-on prévoir d’une telle évolution de ce barème ? Tout dépend de la situation du record concerné. Considérons les trois situations suivantes :

  • Le record est acquis sur moins de 2000m. La sévérité ne s’accroît pas, puisque les valeurs sont reconduites.
  • Le record est acquis sur une distance égale ou supérieure à 2000 m mais inférieure à 2400 m. La sévérité s’accroît puisqu’à cette fourchette de distances correspondaient les valeurs des distances longues dans l’ancien barème alors que ce seront les distances courtes qui s’appliqueront dans le nouveau barème.
  • Le record est acquis sur une distance égale ou supérieure à 2400 m. La sévérité diminue de façon substantielle puisque, dans ce cas, toutes les valeurs du nouveau barème sont augmentées d’une seconde. Dans cette situation, on retrouve les valeurs de l’année 2007. Remarquons que les lourdes contraintes appliquées en 2008 disparaissent en 2009.

 

Globalement, les dispositions de l’année 2009 relâchent donc l’étreinte.

Comment interpréter une telle évolution ? S’agit-il de lapsus calami ? Est-ce l’aveu d’une erreur d’orientation qui a nécessité ce coup de barre ? Les concepteurs de ce règlement ont-ils expérimenté, dans leur propre élevage, la sévérité absurde de telles dispositions ? Je laisse le soin au lecteur de trouver la réponse...

Jacques BOULLY , 28 septembre 2008 (Paru dans l'AtouTrot N°18 septembre 2008)


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Qui demande timidement, enseigne à refuser ! (1).

Le GEMTROT vient de soumettre au nouveau Ministre chargé de l’agriculture un dossier explicite et vigoureux sur les aberrations de l’actuelle règlementation de l’élevage du trotteur Français et de l’organisation de la SECF en qualité de Stud-book. Nous avons mentionné :

  • Des dispositions statutaires qui ne permettent pas d’orienter une politique conforme à l’intérêt de l’ensemble de la filière et qui sont en marge de la règlementation. L’appartenance au collège des éleveurs se perd lorsque les chevaux produits par ces derniers ne sont pas en course. Ainsi plus de la moitié des éleveurs, propriétaires de juments TF et acheteurs de saillies, n’ont pas le droit de voter ! Plus de 10 000 acteurs de la filière ne sont représentés en assemblée générale que par 50 personnes. Non seulement cet effectif est ridiculement faible mais, parmi elles, 16 sont cooptées, c'est-à-dire non élus par les acteurs qu’elles seraient sensées représenter.
  • Le refus d’appliquer les critères de sélection proposés par les scientifiques de l’INRA et des Haras Nationaux, au profit de critères peu efficaces au plan génétique et tendant à favoriser certains acteurs.
  • L’application d’une politique de réduction des effectifs de poulinières qui a pour conséquence majeure le découragement des éleveurs. Ce dispositif ne peut qu’affaiblir la filière vis-à-vis de concurrents dynamiques et ouverts.
  • L’interdiction du transport du sperme au mépris des risques sanitaires et des conséquences économiques, afin de favoriser « l’hôtellerie équine » dans le berceau de la race.
  • La fermeture du livre, interdisant l’emploi des meilleurs étalons étrangers et donc pénalisant le progrès génétique du cheptel français par rapport à nos concurrents.
  • L’allongement de l’intervalle de génération qui retarde la mise à la reproduction des juments, induisant également une pénalité génétique et un surcoût pour l’éleveur.
Il est évident que certaines de ces dispositions sont en infraction vis-à-vis de la législation concernant le statut associatif d’une part et concernant les organisations d’éleveurs chargées de l’amélioration génétique d’une race d’autre part.

Nous comptons sur l’énergie rénovatrice affichée par ce gouvernement pour reconstruire le cadre que la filière mérite.

 Quand les bœufs vont à deux, le labourage en va mieux ! (2)
La collaboration entre le GAET et le GEMTROT, afin d’obtenir une évolution favorable de la règlementation de l’élevage du Trotteur, se confirme et viens de se concrétiser. Nous avons participé à deux des réunions régionales du GAET afin de démontrer la pertinence de nos critiques relatives à la règlementation de l’élevage. La grande majorité des éleveurs présents confirme le bien fondé de nos interventions et soutient l’action qui vise à faire évoluer en ce sens la règlementation. Ces réunions ont permis de montrer que, derrière un apparent silence, se cache un refus par la base de la « loi du plus fort ». Il est apparu que seule, la mobilisation des éleveurs regroupés, pourrait avoir gain de cause.
Affaire à suivre... 

En attendant et parallèlement à cette action politique, le GEMTROT poursuit son travail technique dans le but d’améliorer les résultats de ses adhérents. Rendez-vous à la prochaine réunion technique de cet automne et dans le dernier numéro de l’année de l’AtouTrot qui sera, comme de coutume, spécialement dédié aux étalons de la monte 2008.

(1) Sénèque, 60 après J.C.
(2)
Michel Jean Sedaine, 1752.

Jacques BOULLY, le 5 octobre 2007 (publié dans l'AtouTrot  N°14 octobre 2007)


L'art de se faire tailler des croupières.

Les étonnantes prestations de JAG DE BELLOUET, incontestable champion de sa génération, ne doivent pas nous faire oublier les résultats moyens de la population TF par rapport à ses concurrents étrangers.

 Notre attention a été attirée par trois articles vus sur le site NEWSTROT.

 Le premier, daté du 25 mai, titre : Le « français » PLUTON DU GOUTIER débute victorieusement en Suède. Son auteur, Philippe BEAUDOUX, montre avec justesse que ce valeureux compétiteur est de nationalité suédoise parce que la nationalité française lui est interdite bien qu’issu du célèbre COKTAIL JET (TF) et d’une mère, JUNON DU GOUTIER (TF), gagnante à Vincennes. La tare qui justifie, aux yeux des censeurs de la race, le rejet de ce cheval est d’avoir une grand-mère paternelle et un grand-père maternel étiquetés « trotteurs étrangers ». Notons que ces « étrangers » ont été autorisés à procréer des sujets TF. En débutant sa carrière par une victoire à Ekilstuna le 25 mai sur 2140 m, cet intéressant cheval porte haut les couleurs de l’excellent élevage dont il est issu ainsi que celles du trotteur français. Triste consolation car, à l’instar de ses homologues, il participera à l’enrichissement du potentiel génétique de nos concurrents !

 Le deuxième, daté du 14 juin, titre : LEADER CHIP, un « français » en route vers le critérium des 3 ans… danois ! Ce « français » n’étant pas TF, bien évidemment. Son auteur Christian LE BARBEY révèle des cas similaires qu’il qualifie de « français d’ailleurs ». Si le père de LEADER CHIP n’est pas TF, la mère, JABOTTE D’URZY par ULTRA DUCAL, l’est bel et bien. Son bâtard de rejeton a remporté sa 2e victoire, sur trois courses, à Jägersro le 13 juin sur 2140 m, avec une réduction kilométrique de 1’ 16 ‘’8.

 Le troisième, daté du 26 juillet, titre : SIMB CHAPLIN reste invaincu. Fabrice FREZET met en lumière l’influence des origines TF sur les brillants résultats d’actualité à l’étranger de jeunes chevaux. Ce fameux SIMB CHAPLIN par PEARSALL HANOVER est un 3 ans, standardbred suédois, entraîné en Finlande. Le 26 juillet, à SOLVALLA sur 2640 m il remporte sa 11e victoire sur 11 courses, affichant l’excellente réduction kilométrique de 1’ 16 ‘’1 ! Précisons que l’examen de son pedigree révèle que son prestigieux grand-père maternel n’est autre qu’IDEAL DU GAZEAU.

 Si nos concurrents étrangers utilisent avec bonheur le « sang français », ils démontrent, sur notre sol, que le potentiel génétique « pur étranger » est digne d’intérêt. Remarquons ce standardbred de 3 ans, RUSSEL NOVEMBER par GENERAL NOVEMBER, qui vient d’être magistralement victorieux dans le Prix Gallea le 23 mai sur 2850 m, le Prix de Berlin le 1er juillet sur 2150 m et le Prix de Rome le 22 juillet sur 2850 m avec, respectivement, les réductions kilométriques de 1’14’’0, 1’13’’2 et 1’16’’0. Remarquons que ces victoires le sont sur des distances qui n’ont rien à voir avec le mile. Que dire alors de la spécificité du TF, chère aux tenants de cette réglementation protectionniste, relative à sa tenue sur la distance ?

 Juste avant le bouclage du présent édito, nous apprenons que le 4 ans italien FALIERO AS, arrière petit-fils de la française ODILE DE SASSY, gagne devant OLITRO, OLIFANT, OPIUM D’ARTOIS et FIRST WISE AS dans le prix de Milan ce 29 juillet à Enghien sur 2150 m, affichant la remarquable réduction kilométrique de 1’13’’4.

 Il est malheureusement impossible de comparer objectivement et en toute rigueur le niveau génétique du TF à ses concurrents étrangers, faute de données utilisables. Cependant constatons que les résultats des compétitions ne permettent pas de mettre en évidence la supériorité d’un pays. Il nous semble, à l’image de la Suède, que de petits pays par les effectifs réalisent de grands progrès grâce, en particulier, à une pertinente sévérité dans le choix des étalons, couplée à une politique d’ouverture.

 Ce n’est pas parce que nos meilleurs géniteurs font merveille à l’étranger que l’on doit fermer la porte aux meilleurs géniteurs étrangers. La politique de fermeture actuelle du livre conduit à un appauvrissement relatif de la population TF par rapport aux populations étrangères qui utilisent les meilleurs, quelle que soit leur nationalité. L’intérêt de l’ouverture est double. Elle offre le bénéfice d’un apport extérieur de gènes de qualité mais aussi l’opportunité de créer de nouvelles et originales combinaisons. La race TF est ainsi privée d’excellents sujets, alors que nos éminents concurrents sont de plus en plus récompensés par un pragmatisme efficace.

 En la matière, la France va très loin dans son entêtement ridicule et pénalisant. Non contents de fermer le livre et donc de faire perdre à la race les bénéfices des meilleurs géniteurs étrangers, les censeurs du stud-book TF éliminent certains sujets dont les deux parents sont TF, au prétexte qu’ils véhiculent quelques gènes étrangers en provenance des grands-parents. Le ridicule est que ces sujets bannis ne portent pas plus de gènes étrangers que leurs parents qui sont TF ! Rappelons que le règlement qui induit ces exclusions dispose : Est inscrit automatiquement…tout produit…L’un au moins de ses deux auteurs doit être issu de deux parents inscrits à la naissance au stud-book du trotteur français.

 Nos présents propos ne révèlent que très partiellement la faiblesse de l’ensemble des dispositions relatives à l’élevage du trotteur français. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que les faits deviennent suffisamment éloquents afin d’induire le changement d’une telle politique ? Espérons qu’il ne soit pas trop tard…

Jacques BOULLY le 31 juillet 2006 (publié dans l'AtouTrot  N°10 de juillet 2006)

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Qu’est-ce qui fait le prix d’un yearling ?

 Nous avons réalisé un sondage à 10 %, en prélevant un échantillon aléatoire de 54 « Q » vendus aux ventes aux enchères publiques les 7 et 8 septembre par Trotting Promotion à Vincennes ainsi que les 14 et 15 septembre par l’AFT à Deauville, cette année 2005.

 13 caractéristiques relatives à ces lots vendus ont été étudiées. Deux approches ont été réalisées :

 Cet échantillon a été reparti en 4 classes d’effectifs sensiblement égaux dont les bornes des prix de ventes sont :

  La notoriété du père conditionne largement le prix de vente. Le prix de saillie de ce père (r=0,65) a l’effet le plus significatif et de façon assez continue. Sa valeur moyenne pour chaque classe montre la progression suivante : 3 572, 5 679, 6 022 et 9 336 €. Le BTR du père (r=0,37) ainsi que son classement percentile sur le taux de ses produits qualifiés corrigé en équivalant âge 3 ans (r=-0,35) ont également un effet significatif. Notons cependant que l’effet n’est pas perceptible entre les 1ère et 2e classes mais est très évident à partir de la 3e classe et entre celle-ci et la 4e. Ainsi dans la 4e classe (prix de vente de 29 à 70 000 €) les pères, en moyenne, ont un BTR de 53 et se hissent dans les 4 % meilleurs étalons sur le taux de produits qualifiés. Le total des gains des pères (r=0,32) a un effet visible, surtout dans les classes extrêmes, tandis que le record de réduction kilométrique   (r=-0,28) n’a pas d’effet très visible par classe.

 La mère conditionne également le prix de vente mais, globalement, de façon moins marquée que le père. Le caractère le plus significatif la concernant est son taux de produits qualifiés (r=0,34). Ainsi dans la 1ère classe (prix de vente :3 à 10 000 €) il est de 52 %, il passe à 78 % dans la 2e (11 à 20 000 €) et plafonne aux environs de 80 % dans les 3e et 4e (21 à 70 000 €). Le gain propre de la mère (r=0,22) a surtout un effet sur la 4e classe de prix élevés. Le gain moyen des mères par classe de prix de vente du yearling est de 20 à 41 000 € pour les 3 premières classes tandis qu’il monte à 71 440 pour la 4e. Le gain moyen des produits des mères (r=0,28) a un effet sur les 1ère, 2e et 3e classes alors qu’il est sans effet entre la 3e et la 4e. Nous n’avons pas constaté d’effet concernant le record de réduction kilométrique des mères ou les gains de leur meilleur produit.

 Enfin remarquons que le BTR du sujet vendu a, légitimement, un effet positif marqué (r=0,53) qui s’observe dans les classes extrêmes de prix de vente. Il passe de 40, dans la 1ère classe, à 41 dans les 2e et 3e classes, pour arriver à 45 dans la 4e. Cet effet est logique puisque cet indicateur, qui estime la valeur génétique de ces yearlings, exprime également, en grande partie, la notoriété de ses parents.

 L’expérience intuitive nous rappelle que le modèle des sujets à vendre a également un effet positif sur le prix de vente mais nous n’avons pu en mesurer le poids, faute de disposer d’appréciations sur ce critère.

 En conclusion, nous remarquons que si la notoriété des parents est un facteur évidemment important dans le prix de vente d’un yearling, celle du père en rapport avec son prix de saillie est majeure. Des caractéristiques telles que le BTR du père ou son taux de produits qualifiés ont des effets favorables sur les meilleures classes de prix de vente alors que le taux de produits qualifiés de la mère montre un effet favorable sur les classes les plus faibles. On peut oser suggérer que, sur des mères qui ont prouvé leur potentiel sur descendance, il est, en moyenne, hautement rentable d’utiliser de très bons étalons en assurant, entre autres, un excellent BTR pour avoir la génétique en plus de la notoriété !

En effet, si dans la 4e classe le coût moyen de saillie de 9 336 € est relativement élevé, le produit est vendu en moyenne 45 357 € (de 29 à 70 000 €) mais avec des exigences moyennes telles que : mères avec 80 % de produits qualifiés, pères avec un BTR de 53, se classant dans les 4 % meilleurs étalons sur le taux de produits qualifiés corrigé en équivalent 3 ans et BTR de 45 pour les sujets vendus.

Jacques BOULLY le 7 décembre 2005 (publié dans l'AtouTrot  N°8 de décembre 2005)

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Les plus courtes erreurs sont toujours les meilleures*

Voilà déjà une bonne année que nous avons nourri le projet de faire revoir la réglementation de l’élevage du trotteur Français. Considérons, pour l’instant, notre démarche comme exploratoire.

Rappelons, qu’en la matière, la politique de la SECF présente les trois caractéristiques majeures suivantes :

Aujourd’hui nous constatons que les responsables de la SECF ne veulent rien changer à cette funeste réglementation et refusent de prendre en compte toutes les catégories d’acteurs de la filière ainsi que les moyens modernes d’amélioration génétique qui ont fait leurs preuves dans d’autres espèces. Ils assurent du fonctionnement démocratique de leur instance alors que l’éleveur moyen n’est pas représenté au prorata de son importance.

Les consultations que nous avons réalisées sur le sujet auprès des Haras Nationaux, des Associations sœurs, du Ministère de l’Agriculture, de scientifiques et d’élus, confirment, dans l’ensemble le bien fondé de notre démarche. Il en est même qui agissent pour nous épauler…

Chers collègues, soyez assurés que si vous continuez à nous soutenir dans cette action; nous ne baisserons pas les bras. Dès le mois de septembre, une nouvelle stratégie sera à l’ordre du jour. Nous ne manquerons pas de vous tenir informé.

Jacques BOULLY le 24 juin 2005 (publié dans l'AtouTrot N°5 de juin 2005)

*Pierre Charron, traité de la sagesse, 1601.

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LE MIRAGE DU CLONAGE

Nous prenons connaissance avec intérêt de la prouesse technique de ces physiologistes de la reproduction équine qui viennent de faire naître, le 25 février dernier, PIERAZ-CRYOZOOTECH-STALLION, clone du fameux hongre PIERAZ champion du monde d’endurance en 1994 et 1996.

Que penser d’un tel exploit ?

Il s’agit en effet d’un véritable exploit technologique que de produire un sujet génétiquement identique à un « donneur » adulte. L’opération consiste à prélever le génome dans le noyau des cellules sommatiques (du corps) « du donneur » et à l’introduire dans un œuf (ovule juste fécondé) avant toute division cellulaire. Ensuite cet embryon est implanté dans l’utérus d’une jument « receveuse » préparée à cet effet. La manœuvre est délicate. Nous croyons savoir que le taux de réussite est faible et que donc l’obtention d’une naissance nécessite de nombreuses manipulations…

Nous osons affirmer que l’intérêt économique de cette technique est aujourd’hui minime, même s’il ne manquera pas de clients pour s’y lancer. De multiples arguments étayent cette thèse, à savoir :

1.La réussite étant relativement aléatoire, la technique mise en œuvre complexe, le coût du poulain né viable est prohibitif (sous réserve d’un chiffrage contradictoire).

2.Les candidats « donneurs » sont de grands champions mais dont le réel potentiel génétique fait l’objet, à ce stade, d’une évaluation très peu fiable. Compte tenu de l’héritabilité des caractères concernés, dont l’ordre de grandeur n’est que de 25 %, bien des déceptions sont à prévoir…

3.Le sujet obtenu étant théoriquement une copie génétique du « donneur », pour lui demander de réaliser les mêmes exploits que ce dernier, il faudra lui fournir les mêmes conditions de milieu (élevage, entraînement…). Ce qui est sûr, c’est qu’il n’aura pas les mêmes concurrents. Compte tenu du décalage dans le temps, il est certain que ces derniers auront bénéficié d’un progrès génétique alors que le clone aura le niveau (génétique) d’un champion d’il y a une dizaine d’année dans notre cas (5 ans pour le moins de façon générale).

4.Comme vu précédemment, la production de clones ne génère pas de progrès génétique mais fixe une situation. Seul le brassage des gènes, conséquence de l’accouplement d’individus différents, assure le progrès. Une population raciale en concurrence avec d’autres doit mettre en œuvre un programme d’amélioration génétique performant sous peine de disparition.

5.Enfin, comme cela nous a été expliqué à propos de la brebis clonée DOLLY, morte pématurément, et confirmé par d’autres expériences, le clone, à la naissance, aurait l’âge biologique de son « donneur ». Il est ainsi fabriqué des « petits déjà vieux ». C’est probablement la raison pour laquelle les concepteurs de PIERAZ-CRYOZOOTECH-STALLION n’envisagent pas, pour leur phénomène, la compétition mais uniquement la fonction d’étalon afin de suppléer l’absence de testicules de son hongre de « donneur » !

Notons que si, pour un éleveur ou un propriétaire ce mode de reproduction est plus spéculatif que techniquement efficace, scientifiquement il n’en est pas de même. Cette démarche permet de faire progresser les connaissances tant au plan de la physiologie de la reproduction et de l’embryogénèse que des mécanismes relatifs à l’expression du potentiel génétique.

Nous ne pouvons que souhaiter persévérance et bonne continuation aux chercheurs ainsi que beaucoup de chance aux candidats à l’aventure !

Jacques BOULLY le 17 avril 2005

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Le GEMTROT argumente sur le transport du sperme

Le GEMTOT, association d’éleveurs de trotteurs de l’Ouest, a déjà dans le passé fait connaître, parfois vigoureusement, sa position vis-à-vis du transport du sperme. Interrogeons, aujourd’hui, Jacques BOULLY, son Président élu le 29 mai dernier.

TOP TROT : Le GEMTROT s’intéresse-t-il toujours au transport du sperme ?

J.B. : Evidemment, les adhérents du GEMTROT souhaitent pouvoir utiliser cette technique pour faciliter le progrès génétique de la race et améliorer la situation économique de leur activité. Il ne sont d’ailleurs pas les seuls et bon nombre d’éleveurs de l’hexagone supportent mal les contraintes inutiles qui leur sont imposées. Je dois préciser que les adhérents du GEMTROT sont des éleveurs responsables et qu’ils imaginent la mise en place de cette technique dans un cadre évitant tout débordement anarchique.

TOP TROT : Pouvez-vous me préciser ce qui motive votre position favorable ?

J.B. : L’intérêt de ce mode de reproduction, qui consiste à transporter le sperme à la place des juments, est évident. Une analyse plus fine met en lumière les multiples avantages, à savoir :

•Au plan social, il gomme les inégalités géographiques et donne à tous les éleveurs les mêmes chances. Nous savons qu’il y aura toujours des gagnants (peu) et des perdants (beaucoup plus), c’est la règle du jeu, mais nous pensons qu’il est plus juste et dynamisant de faciliter l’accès au géniteur de son choix. La pertinence de ce choix et d’une façon générale la qualité de l’éleveur fera le reste.

•Au plan sanitaire, on connaît l’excellente barrière que constitue l’insémination artificielle aux maladies sexuellement transmissibles. Comment peut-on encore imposer la mise en pension d’une jument, venant de mettre bas et de supporter le stress du voyage avec son poulain au moment où les capacités immunitaires de ce dernier sont les plus précaires, dans un milieu au microbisme inconnu d’eux ? La paillette venant à la jument évite ce scénario à haut risque.

•Au plan technique, l’insémination avec du sperme congelé libère de contraintes horaires et permet de répondre aux exigences de la jument tout en assouplissant les conditions de travail.

•Au plan économique, il est aisé de calculer l’économie générée par la réduction du transport ne serait-ce qu’en carburant et temps de travail. A titre personnel, je réalise plus de 1000 Km, aller et retour (4 voyages), par jument et par an pour la mise à la reproduction. S’ajoutent à cela les bienfaits techniques et sanitaires, exposés précédemment qui, en définitive, se traduisent toujours par des économies. Notons qu’au plan écologique et énergétique la diminution drastique de ces transports représente un avantage significatif. Il est de notre devoir citoyen de prendre également en compte cette dimension.

Comme vous le voyez, les avantages sont multiples et pèsent lourd. Ce n’est pas un hasard si 55% des juments françaises de sport ont été inséminées en 2003 avec du sperme transporté et cela est encore beaucoup plus important si l’on ne considère que le cheval de selle français pour lequel 60 % des 11 927 juments ont bénéficié de cette facilité.

TOP TROT : C’est trop beau, dans toute situation, il faut comparer les avantages et les inconvénients. Pouvez-vous nous éclairer sur les points négatifs du transport de la semence ?

J.B. : Pour être objectif, il y a quelques points négatifs inhérents au fait que, pour transporter ce sperme, il faut lui assurer une longue conservation qui nécessite une réfrigération ou une congélation dans l’azote liquide (-196°C). Ces opérations se réalisent selon des protocoles précis qui induisent quelques dommages aux spermatozoïdes. Dans ces conditions et avec la congélation qui a les inconvénients de ses avantages, nous avons à supporter deux conséquences par rapport à l’utilisation du sperme frais classique :

•Un surcoût dont l’ordre de grandeur est d’environ 200 € par jument mise à la reproduction. Notons que cette somme représente approximativement un transport de 360 Km sans le temps de travail et 130 Km en incluant celui-ci. C’est dans la plupart des cas très inférieur aux déplacements actuellement réalisés. Si l’on prend en considération les frais supplémentaires de la pension, le surcoût de la semence congelée devient très négligeable dans le bilan.

•Un abaissement de la fertilité du sperme de 5 à 10 %. Tous les étalons ne supportent pas également les différents protocoles pour la conservation de leur sperme. Le sperme de certains étalons devra être considéré comme non congelable et l’on devra se contenter de la semence réfrigérée qui est également transportable mais avec moins de souplesse d’emploi. Pour d’autres étalons, il faudra n’utiliser que la semence fraîche. Il apparaît donc nécessaire d’adapter la technique employée aux circonstances et en particulier aux capacités de l’étalon en la matière. L’adaptation de la méthode à l’étalon ainsi qu’un bon suivi gynécologique permettent de pallier cette légère faiblesse et la différence en fin de saison de monte est minime même si elle reste légèrement à l’avantage de la semence fraîche.

Ce qui est demandé : la possibilité de transporter le sperme. Les éleveurs choisiront le mode de reproduction le plus avantageux selon la situation. Notons que si dans d’autres races le transport du sperme a pris un tel essor, c’est bien que son bilan est hautement favorable et que les éleveurs ainsi que les étalonniers y trouvent leur compte.

TOP TROT : Ne pensez-vous pas que la simplicité du transport du sperme ne conduise des éleveurs à s’inscrire dans l’illégalité ?

J.B. : Votre question est intéressante car c’est la première objection que suggère la perspective de faciliter la multiplication, la longue conservation et le transport du sperme d’étalon.

Que peut-on craindre d’illégal ? La déclaration sous un faux nom de père ou le dépassement du quota de cartes de saillies alloué par étalon.

Sur le premier point, il n’y a pas de souci à se faire puisque tous les sujets inscrits au Stud-Book TF font l’objet d’une vérification de la filiation par analyse ADN sur des standards internationaux.

Sur le deuxième point, il en est de même, puisqu’il n’y a pas de différence : entre réaliser la mise en place de la semence dans un centre et avec des techniciens agréés sur le lieu même de la production de cette semence ou bien dans un établissement similaire, ayant les mêmes compétences juridiques, mais proche du lieu de résidence de la jument. En effet, la procédure se déroule comme suit :

•Corrélativement à la production de semence et sa diffusion, il y a vente de cartes de saillies dans la limite du quota autorisé. Chaque carte précise en particulier 3 éléments : l’identité de l’étalon et de la jument ainsi que l’année.

•L’acte insémination qui fait l’objet d’une déclaration de saillie et qui, en plus, mentionne la date de l’insémination présumée fécondante.

•La déclaration de naissance qui ajoute à ces informations la date de ce dernier évènement.

En fichier, un algorithme vérifie la cohérence de ces données, statue sur la validité de la conception d’un produit et en conséquence décide de son inscription. Tout le dispositif est basé sur le fait que ce ne sont pas des doses de semence qui sont vendues mais des cartes de saillies affectées à des juments identifiées pour une année. Si l’étalonnier dépasse le quota de cartes, il est en infraction avec ou sans transport de sperme. S’il est déclaré une naissance ne correspondant pas à une carte, le produit n’est pas inscrit. La maîtrise de la situation est totale pour les produits à inscrire au Stud-Book TF.

La situation n’est pas la même pour les produits s’inscrivant dans des Stud-Books étrangers. Avec ou sans transport de sperme la situation est la même. Aujourd’hui, l’interdiction du transport de sperme n’empêche pas certains propriétaires d’étalons de dépasser le quota de la trentaine de doses pour l’exportation, ni même d’exporter leurs étalons TF hors de nos frontières pour produire de la semence en toute liberté. Il semble bien vain, et probablement inutile, de vouloir réglementer l’élevage, à l’étranger, même concernant des géniteurs français !

TOP TROT : Les autorités qui réglementent l’élevage du Trotteur Français ne nient pas certains des avantages que vous citez, mais elles mettent en garde sur les importantes modifications de la filière qu’induirait la mise en place de cette technique et notamment sur l’avenir de la spécificité du Trotteur Français. Qu’en pensez-vous ?

J.B. : Bien évidemment je suis attentif aux diverses objections formulées pour justifier le refus du transport de la semence. J’ai relevé les principaux arguments suivants :

•« Les produits fabriqués avec de la semence conservée sont moins bons ». Scientifiquement l’argument ne tient pas et l’expérience acquise en France et à l’étranger confirme nos connaissances fondamentales sur le sujet. Je dois avouer que cet argument est aujourd’hui de moins en moins opposé, sauf par quelques irréductibles.

•Lors de la réunion du Comité de la SECF du 9 septembre 2003, à propos de la politique de défense de la race Trotteur Français et de la reconnaissance de sa spécificité, le Président s’exprimait : «Dans ce domaine, l’interdiction de l’utilisation de semence congelée représente un enjeu essentiel, qui ne peut en aucun cas être remis en cause, sous peine de provoquer un grave déséquilibre, susceptible de nuire à l’ensemble des éleveurs » (sic, TROT-INFORMATIONS N°147). Comment donc la longue conservation de la semence et son transport peuvent-ils modifier quoi que ce soit en la matière ? En effet, je viens d’expliciter le dispositif qui permet la totale maîtrise des règlements. Quant aux doses congelées et exportées, il n’y aurait guère de changement par rapport aux pratiques actuelles, puisque le règlement n’a pas d’effet !…

•Enfin il est avancé que le transport du sperme aurait pour conséquence la suppression du quota de cartes et augmenterait gravement la consanguinité. Tout d’abord permettez moi d’être étonné de cette attention vis-à-vis de la consanguinité alors qu’il est de bon ton de pratiquer l’inbreeding qui, par définition, accroît le taux de consanguinité ! Il faut savoir que la meilleure façon de contenir ce taux moyen de la population, c’est de diversifier l’origine des étalons agréés, dans le cadre d’un programme national, de conseiller les accouplements les moins consanguins et de démythifier l’inbreeding. Enfin, pour les raisons déjà exposées, je ne vois pas pourquoi le quota de cartes serait supprimé. La réflexion sur la suppression ou l’aménagement de ce quota est un autre problème qui est, dans son essence, indépendant du mode de reproduction.

Tous ces arguments ne sont pas fondés car jamais il n’est démontré de façon logique et détaillée les effets nuisibles avancés.

Par contre, je partage tout à fait le point de vue que la filière reproduction TF subirait une importante évolution. Et alors, ce ne serait pas la première fois qu’une évolution technologique induirait une modification de l’organisation professionnelle d’une activité. Tout d’abord, et je le répète car c’est important, c’est moins de juments sur les routes… Evidemment, de nombreux étalonniers se verraient contraints de modifier leurs établissements. Le laboratoire devrait évoluer avec plus de compétences et le matériel qui convient. C’est ce qui justifie le surcoût à la production de semence évoqué précédemment. Il est prévisible que les étalonniers disposant d’un effectif d’étalons faible et/ou peu demandé pourraient disparaître ou poursuivre leur activité en monte naturelle ou semence fraîche, s’il existe une demande de proximité suffisante. Cette évolution serait progressive et positive pour la race puisque les moins bons étalons disparaîtraient et les établissements accroîtraient leurs moyens et leurs compétences en matière de reproduction.

TOP TROT : Pratiquement, comment verriez vous la façon dont les éleveurs que vous représentez pourraient faire reproduire leurs juments si le sperme se transportait ?

J.B. : Il est une autre évolution dont je n’ai pas parlé, c’est celle qui concerne la mise en place du sperme transporté. C’est là un point positif pour les étalonniers puisqu’ils pourraient devenir centre de mise en place pour de la semence qu’il n’ont pas produite. Les Haras Nationaux, en particulier mais non exclusivement, ont, à mon avis, un rôle important à jouer en la matière, avec leur maillage de l’hexagone en stations de monte. L’éleveur ferait ses réservations et achats de cartes comme aujourd’hui. Il devrait préciser alors le mode de reproduction choisi en fonction de ce qui est proposé et le lieu où se ferait la mise en place. Le centre de production acheminerait, au moment opportun, les doses nécessaires vers le centre de mise en place. L’éleveur conduirait sa jument au centre choisi pour le suivi gynécologique et l’insémination. Les déclarations du centre de mise en place et de l’éleveur se feraient comme actuellement et permettraient de n’enregistrer que les produits régulièrement conçus. La seule nouveauté, c’est, dans certains cas, la séparation de l’établissement qui produit la semence de celui qui la met en place.

Avouons qu’il est quand même plus judicieux d’avoir à transporter quelques doses de semences, même dans l’azote liquide, plutôt qu’une jument et son foal de quelques jours. Une telle évolution supprimerait un des sérieux handicaps qui pèsent dans l’immédiat sur l’élevage TF et à plus long terme sur l’amélioration génétique, face à la concurrence étrangère qu’il faut se préparer à soutenir intelligemment.

(interview publiée dans le N°5 de TOP-TROT avril 2005)

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Autres textes parus antérieurement (pour lire, cliquez sur le titre) :

ZERO POINTE! le 2 février 2005

RENCONTRE AVEC JACQUES BOULLY, LE 19 février 2005

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA SECF LE 8 JUILLET 2005

TROP DE REGLES… DEREGLE LE TROT ! décembre 2004

LE HASARD A BESOIN D'ETRE AIDE ! septembre 2004

LE GEMTROT, L'EFFICACITE AU SERVICE DE NOTRE PASSION, le 27 août 2004

INBREEDING... IN DEPRESSION, le 18 mars 2004

L'ARGENT NE FAIT PAS LE BONHEUR... MAIS... le 13 mars 2004

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